Une nouvelle piste pour vaincre le virus du sida

Certaines personnes infectées par le VIH ne développeront jamais le sida car leur organisme a la capacité rare d'empêcher la réplication du virus. Les mécanismes à l'origine de cette protection individuelle spontanée sont encore mal connus, mais ils intéressent fortement les chercheurs en quête d'un moyen de terrasser le virus. Parmi ces personnes, qui représentent 1 % des malades, le Pr Didier Raoult (faculté de médecine de Marseille-Fondation Méditerranée Infection de Marseille) et le Pr Yves Lévy (Inserm) ont identifié deux individus au profil très particulier, pouvant inspirer une nouvelle façon de contrôler le virus.

Ces deux patients ont été infectés par le VIH, l'un il y a trente ans et l'autre il y a trois ans. Ils n'ont jamais reçu de traitement et pourtant, le virus ne s'est pas répliqué dans leur sang, montrent les résultats publiés dans la revue Clinical Microbiology and Infection.

Un mécanisme naturel de protection

Les chercheurs ont relevé dans le noyau de leurs lymphocytes - les cellules immunitaires investies par le VIH - des traces génétiques montrant que le virus avait été assimilé par la cellule (il y a donc bien eu infection) mais des mutations de l'ADN de la cellule empêchaient la réplication du virus.

Ce mécanisme naturel de protection par assimilation de l'attaquant, appelé «endogénéisation d'un rétrovirus», est déjà connu chez l'homme et certains mammifères, notamment les koalas. Il nécessite d'ordinaire des centaines d'années de contact entre l'espèce et le virus. Or le VIH est relativement récent. «C'est pourquoi on ne s'attendait pas à l'observer chez l'homme pour le sida», explique Jean-Daniel Lelièvre, responsable du département de recherche clinique à l'Institut de recherche vaccinale.

Redéfinir la guérison?

La capacité des cellules à neutraliser le VIH pourrait être liée à l'activité d'une enzyme, appelée Apobec, avancent les chercheurs. «C'est la piste la plus évidente, mais il faudra la confirmer», explique le Pr Raoult, auteur principal de l'étude. «Si l'on trouve des produits qui permettent de l'activer chez tout le monde, on pourrait obtenir un traitement curatif qui fonctionne en une fois. Plus besoin de se traiter toute sa vie», poursuit-il.

Le chercheur voit dans ces observations une incitation à redéfinir ce que signifie être «guéri» du sida. Habituellement, la guérison d'une maladie infectieuse est déclarée lorsque toute trace du virus a disparu de l'organisme, y compris dans les «réservoirs» des cellules immunitaires. Ce n'est pas le cas ici, mais il suggère que la guérison fonctionnelle est tout aussi intéressante à obtenir. En effet, chez les deux patients pris pour modèle, le virus ne peut pas se répliquer.

Pour le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l'ANRS, «il s'agit d'une hypothèse originale, qui ouvre des perspectives très intéressantes pour essayer de contrôler le virus. Mais c'est un travail de recherche fondamentale qui doit être confirmé».

La Pr Christine Rouzioux, virologue à l'hôpital Necker (Paris), est beaucoup plus réservée. «C'est une théorie qui s'appuie sur une généralisation à partir de deux cas très particuliers.

L'étude Visconti (qu'elle dirige, NDLR) a de bien meilleures perspectives: en prenant un traitement très tôt après leur infection, certains patients se passent d'antirétroviraux depuis quatorze ans».

DNA

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